Social


« Prioritaire » pour Juppé, « préoccupant » pour Rousset, à un mois du premier tour de l’élection municipale, le logement social est un enjeu majeur de la campagne. Professeur en aménagement de l’espace et de l’urbanisme, Maurice Goze insiste sur la nécessité d’une action des élus.

Quelles actions les politiques doivent-ils initier en matière de logement social ?

Tout d’abord, le logement social n’est pas un problème spécifique à Bordeaux intra-muros. Il concerne toute l’agglomération. Une mauvaise répartition de ces logements sur le territoire est indéniable. Les candidats doivent veiller à ce que certaines zones acceptent un rééquilibrage. Aujourd’hui, avec la hausse du prix de l’immobilier, les logements sociaux sont perçus comme une concentration de la pauvreté. Il existe donc un a priori négatif : les gens ont encore la vision de l’urbanisme des années 60. Il faut sortir de ce cliché.

- Peut-on dresser une carte de cette mauvaise répartition ?

Certaines zones connaissent une surprésentation du nombre de logements sociaux. C’est le cas aux Aubiers, au Grand-Parc, à Lormont, Cenon et Floirac. Elles représentent à elles seules environ 70 % de l’habitat social de l’agglomération.

- Où en est Bordeaux par rapport aux objectifs fixés par la loi SRU ?

Le taux de logement social à Bordeaux se situe entre 14 % et 15 % au regard de cette loi, qui fixe un minimum de 20 % de logement social pour les villes importantes.

- Concrètement, combien faut-il construire de logements pour combler ce retard ?

Environ 7000. L’enjeu étant de favoriser la construction de logements « très sociaux », accessibles aux plus modestes, ce qu’on appelle les PLAI. Les collectivités publiques ont tendance à mettre l’accent sur « le haut de gamme » du logement social au détriment du reste.

Propos recueillis par Anthony Hernandez, Willy Le Devin

 

 

 Relogée temporairement dans un T2, suite à une opération de réhabilitation menée par InCité, Fabienne L. dénonce ses conditions de vie.

Des murs décrépits, un escalier étroit qui serpente, Fabienne L. et ses deux petites filles vivent dans un T2, rue des Ayres, depuis juin dernier. Quelques mois auparavant, l’opérateur InCité lui annonce qu’elle devra partir : son immeuble de la rue Teulère, jugé non conforme, fait l’objet d’une procédure de réhabilitation en accord avec le propriétaire. « C’est alors que le cauchemar commence. Visites multiples, coups de téléphone, une pression forte est exercée » explique Fabienne. Sans emploi, et fragilisée par un avenir incertain, elle signe sans prendre garde le bail précaire d’un an dans l’attente d’une solution adaptée. 40m2 au quatrième étage, pas d’ascenseur, pas de chambre pour les enfants, une salle de bain exigüe, le tout pour 453€, la vie de famille n’est pas toujours facile. « L’appartement est trop petit. Nous dormons tous dans la même chambre. Je n’ai plus de vie » raconte Fabienne. La situation perturbe psychologiquement les enfants souligne cette mère de famille. Décidée à se battre jusqu’au bout pour faire valoir ses droits, « elle envisage d’engager une procédure contre InCité » confirme son avocat maître Del Risco. S’étant vu proposer entre-temps des solutions de relogement, elle les juge inadéquates. Fabienne refuse à présent de traiter avec l’opérateur malgré une dernière proposition satisfisante, « bien tardive ». Combattive pour obtenir gain de cause, elle avoue, dépitée, vouloir quitter Bordeaux à la fin de l’année scolaire.

Anthony Hernandez, Willy Le Devin