26 mars 2008
« Elle est belle ! Je vous présente Anne-Christine Royal. Vous savez, elle a une cousine assez célèbre. » Par ces mots, Jean-Marie Le Pen présente aux journalistes réunis dans la salle de presse Anne-Christine Royal. « On ne choisit pas sa famille » ricane-t-elle. « Oui, enfin il y a pire. » renchérit le vieux chef.
Fidèle, Anne-Christine Royal l’est au F.N depuis 1983. Mère au foyer de 10 enfants, elle est fière d’évoquer son éducation traditionnelle et rigoureuse, qu’elle qualifie d’éducation de droite.
Un congrès particulier
Le XIIIème congrès du F.N, le week-end des 17 et 18 novembre 2007, s’est déroulé dans une drôle d’ambiance. Sur fond de guerre de succession feutrée car repoussée, les lieutenants de Jean-Marie Le Pen aiguisent leurs couteaux en attendant l’affrontement final. Dans ce décor, la cousine de Marie-Ségolène Royal tranche. Discrète, elle porte son éducation jusque dans son apparence. Un maquillage léger, des cheveux aux reflets auburn, un gilet en laine par-dessus un col roulé blanc, une longue et stricte jupe noire qui descend aux chevilles, rien ne semble devoir déroger à la tradition. Derrière ce conformisme vestimentaire, une belle femme se camoufle. Des yeux oscillant entre vert et noisette, un visage harmonieux où se dessine parfois un sourire agréable, Anne-Christine Royal n’a pas à rougir de la comparaison avec l’icône socialiste. Alors a-t-elle héritée de l’ambition politique familiale ?
Une attitude ambiguë
Anne-Christine Royal s’en dit dénuée et prétend n’avoir été candidate qu’à des postes non éligibles. Pourtant, elle a été candidate du F.N dans la 10ème circonscription de Gironde, aux dernières législatives de Juin 2007. Diversion ou discrétion ? La discrétion, elle l’a appliquée presque totalement pendant la campagne, refusant de répondre aux sollicitations médiatiques. Presque, son entourage l’a convaincue en dernière minute de réaliser un coup d’éclat. Attachée aux pieds de vignes d’un vignoble du Libournais, elle a, telle une réincarnation de Jeanne d’Arc, alerté l’opinion sur la “mort annoncée” de la viticulture régionale. Le pinard, la préférence nationale et le courage mis en scène, tous les ingrédients de propagande populiste sont réunis.
Un score flatteur dans un contexte morose
Une propagande plutôt efficace : Anne-Christine Royal est arrivée en 4ème position de l’élection, juste derrière le candidat de l’UDF-Mouvement Démocrate obtenant 5,19 % des voix. Un score, au-dessus de la moyenne nationale du parti frontiste pour ces législatives, et qui lui permet de se voir rembourser les frais de campagne.
Ce bon résultat doit-il être appréhendé comme la preuve d’un talent politique ou reflète-il une certaine “pipolisation” de la vie politique française ?
Le fait d’avoir une star de la politique française dans sa famille, qui plus est dans le camp adverse, ne peut pas être néfaste pour la médiatisation devenue indispensable en politique. Anne-Christine Royal ne semble pas avoir la carrure, ni correspondre à l’idée que l’on se fait d’une “bête politique”. Le choix du F.N de l’investir comme candidate aux législatives est un choix purement opportuniste. Surfer sur la popularité de Ségolène Royal, cela se place dans la nouvelle stratégie d’ouverture et de dédiabolisation du F.N défendue par Marine Le Pen.
Ségolène Royal justement, Anne-Christine Royal dit combattre les idées et non les personnes. Elle refuse une quelconque filiation politique avec sa cousine. Même si elle reconnaît une proximité évidente dans leurs éducations respectives, la “Royal frontiste” pense que Ségolène est profondément de gauche. Selon elle, l’ex-candidate socialiste de la dernière présidentielle a simplement utilisé l’aspiration actuelle de la société française pour les idées de droite. De façon très intelligente, Ségolène Royal aurait utilisé des thèmes chers à la droite non par conviction mais par opportunisme.
Une vive critique de Ségolène
Si Anne-Christine Royal ne combat pas les personnes, elle n’est pas pour autant dépourvue de critiques acerbes pour sa célèbre cousine : « je crois que fondamentalement Marie-Ségolène n’a pas l’amour de son pays, cet attachement viscéral à la patrie ». Au F.N, l’amour viscéral de la patrie rimait encore lors de ce congrès avec stigmatisation de l’autre, l’étranger immigré ou le “français de papier”…
Anthony Hernandez